Fiche d’arrêt
Fiche d’arrêt : cinq exemples rédigés
Une fiche par matière, chacune tirée d’un arrêt célèbre et suivie de ce qui la rend juste : faits, procédure, prétentions, problème de droit, solution et portée.
Mis à jour le Équipe éditoriale Prémisse
Sommaire7 parties
La structure d’une fiche d’arrêt
Six rubriques, dans cet ordre. Chaque exemple ci-dessous les suit, puis dit en trois points ce qui rend la fiche juste. La méthode complète détaille chaque rubrique.
- Faits : les seuls faits utiles, qualifiés juridiquement
- Procédure : les décisions successives, jusqu’au pourvoi et à son auteur
- Prétentions : la thèse de chaque partie, ou les moyens du pourvoi
- Problème de droit : la question que tranche la décision, abstraite et fidèle au litige
- Solution : le sens de la décision et la règle qu’elle applique ou pose
- Portée : ce que la décision apporte, en une ou deux phrases, si ta consigne la demande
Exemple 1 : Arrêt Jand’heur
Droit civil · ResponsabilitéCass. ch. réunies, 13 février 1930, Jand’heur (Cour de cassation, chambres réunies, 13 février 1930)
Fiche rédigée
Faits
Un camion automobile appartenant à une société renverse et blesse une enfant mineure.
Procédure
Après une première cassation, la cour d’appel de Lyon, statuant comme juridiction de renvoi le 7 juillet 1927, refuse d’appliquer l’article 1384, alinéa 1er, du Code civil : la victime devait prouver une faute du conducteur, puisque le camion était actionné par l’homme et qu’aucun vice propre n’était établi. La mère de la victime forme un pourvoi.
Prétentions
La mère de la victime demande réparation à la société sur le fondement de l’article 1384, alinéa 1er : la responsabilité résulte de la garde de la chose, sans qu’il faille prouver une faute du conducteur ou un vice du véhicule.
Problème de droit
La responsabilité du gardien d’une chose ayant causé un dommage suppose-t-elle la preuve d’une faute ou d’un vice propre de la chose lorsque celle-ci est actionnée par l’homme ?
Solution
Cassation, au visa de l’article 1384, alinéa 1er. La responsabilité est attachée à la garde de la chose, non à la chose elle-même ; la loi ne distingue pas selon que la chose est ou non actionnée par la main de l’homme. Le gardien ne s’exonère pas en prouvant qu’il n’a pas commis de faute : il doit établir un cas fortuit, une force majeure ou une cause étrangère qui ne lui soit pas imputable.
Portée
L’arrêt consacre un principe général de responsabilité du fait des choses, fondé sur la garde (ancien article 1384, alinéa 1er, aujourd’hui article 1242, alinéa 1er, du Code civil).
Pourquoi cette fiche fonctionne
- Les faits sont réduits à ce qui compte pour le droit : une chose, un dommage, une victime.
- La procédure explique la formation : les chambres réunies statuent parce que la cour de renvoi a résisté à une première cassation.
- Le problème de droit ne nomme ni la société ni la victime, et la solution y répond exactement.
La fiche complète de l’arrêt Jand’heurDécision officielle(ouvre un nouvel onglet)
Exemple 2 : Arrêt Poussin (Saint-Arroman)
Droit des contrats · ErreurCass. 1re civ., 22 février 1978, n° 76-11.551, Poussin (Cour de cassation, 1re chambre civile, 22 février 1978)
Fiche rédigée
Faits
Des vendeurs font vendre aux enchères un tableau qu’un expert attribuait à l’école des Carrache. La Réunion des musées nationaux exerce son droit de préemption, puis présente le tableau comme une œuvre originale de Nicolas Poussin.
Procédure
Les vendeurs demandent l’annulation de la vente pour erreur sur une qualité substantielle. Le 2 février 1976, la cour d’appel de Paris rejette leur demande, faute de preuve que le tableau est une œuvre authentique de Poussin. Les vendeurs forment un pourvoi.
Prétentions
Pour les vendeurs, leur consentement a été vicié par la conviction erronée que le tableau ne pouvait pas être de Poussin. La Réunion des musées nationaux oppose l’incertitude qui demeure sur son authenticité.
Problème de droit
Pour obtenir l’annulation de la vente d’une œuvre d’art pour erreur, les vendeurs doivent-ils prouver son authenticité, ou suffit-il que leur consentement ait été déterminé par la conviction erronée qu’elle ne pouvait pas être du maître auquel elle a été attribuée ensuite ?
Solution
Cassation pour manque de base légale : la cour d’appel devait rechercher si, au moment de la vente, le consentement des vendeurs avait été vicié par leur conviction erronée que le tableau ne pouvait pas être une œuvre de Poussin. La Cour ne se prononce pas sur l’authenticité et renvoie l’affaire devant une autre cour d’appel.
Portée
L’erreur s’apprécie au moment de la formation du contrat : le doute qui subsiste ensuite sur l’authenticité n’empêche pas de la caractériser (ancien article 1110 du Code civil, aujourd’hui articles 1132 et 1133).
Pourquoi cette fiche fonctionne
- La solution dit la nature de la cassation, un manque de base légale : la Cour reproche une recherche manquante, elle ne tranche pas l’authenticité.
- Le problème de droit oppose les deux réponses possibles, celle de la cour d’appel et celle des vendeurs.
- La portée relie l’ancien texte appliqué en 1978 aux articles d’aujourd’hui.
La fiche complète de l’arrêt Poussin (Saint-Arroman)Décision officielle(ouvre un nouvel onglet)
Exemple 3 : Arrêt Perdereau
Droit pénal · TentativeCass. crim., 16 janvier 1986, n° 85-95.461, Perdereau (Cour de cassation, chambre criminelle, 16 janvier 1986)
Fiche rédigée
Faits
Après une rixe, la victime est frappée et étranglée par un premier individu. Un second, la croyant encore en vie, entreprend de l’achever par des coups et une strangulation ; les expertises établissent qu’elle était déjà morte.
Procédure
Le 11 juillet 1985, la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris renvoie le second individu devant la cour d’assises pour tentative d’homicide volontaire. Il forme un pourvoi.
Prétentions
Le demandeur soutient qu’il ne peut y avoir tentative d’homicide sur une personne déjà morte. Il invoque aussi une contradiction entre les motifs et le dispositif de l’arrêt attaqué.
Problème de droit
Une tentative d’homicide volontaire peut-elle être constituée lorsque l’auteur, croyant la victime encore en vie, accomplit des actes destinés à la tuer alors qu’elle était déjà décédée ?
Solution
Oui sur le principe : les violences exercées avec l’intention de donner la mort à une personne que l’auteur croyait vivante constituent un commencement d’exécution, et la mort préalable est une circonstance indépendante de sa volonté. Cassation partielle toutefois, pour contradiction entre les motifs et le dispositif, qui équivaut à un défaut de motifs.
Portée
L’impossibilité matérielle d’atteindre le résultat n’empêche pas de retenir la tentative quand l’intention et le commencement d’exécution sont caractérisés (ancien article 2 du Code pénal, aujourd’hui articles 121-4 et 121-5).
Pourquoi cette fiche fonctionne
- Deux moyens, deux réponses : la fiche les distingue, et le second explique la cassation partielle.
- La solution reprend les mots de l’infraction : commencement d’exécution, circonstance indépendante de la volonté.
- Les faits gardent la seule précision décisive : la victime était déjà morte.
La fiche complète de l’arrêt PerdereauDécision officielle(ouvre un nouvel onglet)
Exemple 4 : Arrêt Blanco
Droit administratif · Responsabilité et compétenceTC, 8 février 1873, n° 00012, Blanco (Tribunal des conflits, 8 février 1873)
Fiche rédigée
Faits
Une enfant est grièvement blessée par un wagonnet poussé par des employés d’une manufacture de tabac exploitée par l’État. Son père demande réparation à l’État et aux employés.
Procédure
Le père assigne l’État et les employés devant le tribunal civil de Bordeaux, qui rejette le déclinatoire de compétence du préfet de la Gironde et se déclare compétent. Le préfet élève le conflit ; le tribunal sursoit à statuer et le Tribunal des conflits est saisi de la question de compétence.
Prétentions
Le père soutient que l’État doit être déclaré civilement responsable du dommage causé par ses employés, sur le fondement des anciens articles 1382, 1383 et 1384 du Code civil. Le préfet soutient que la responsabilité de l’État du fait d’un service public obéit à des règles particulières, qui relèvent de l’autorité administrative.
Problème de droit
La responsabilité de l’État pour les dommages causés aux particuliers par les agents d’un service public relève-t-elle du Code civil et du juge judiciaire, ou de règles spéciales appliquées par le juge administratif ?
Solution
Le Tribunal des conflits confirme l’arrêté de conflit. Cette responsabilité ne peut être régie par les principes du Code civil établis pour les rapports entre particuliers : elle n’est ni générale ni absolue, et a ses règles spéciales, qui varient suivant les besoins du service. La juridiction administrative est compétente.
Portée
L’arrêt lie le fond et la compétence : des règles spéciales pour la responsabilité de l’État du fait du service public, appliquées par le juge administratif. Sa portée est aujourd’hui nuancée, le service public n’étant plus un critère absolu de compétence.
Pourquoi cette fiche fonctionne
- La question est de compétence : la fiche le montre dès la procédure, avec le déclinatoire et le conflit élevé.
- Ni rejet ni cassation : le Tribunal des conflits confirme ou annule un arrêté de conflit, et la fiche le dit avec ses mots.
- Les thèses en présence sont attribuées à leur auteur : le père de la victime, le préfet.
La fiche complète de l’arrêt BlancoDécision officielle(ouvre un nouvel onglet)
Exemple 5 : Décision Liberté d’association
Droit constitutionnel · LibertésCC, déc. n° 71-44 DC du 16 juillet 1971, Liberté d’association (Conseil constitutionnel, 16 juillet 1971)
Fiche rédigée
Contexte
Une loi complète la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association. L’article 3 de la loi subordonne l’acquisition de la capacité juridique des associations déclarées à un contrôle préalable de leur conformité à la loi par l’autorité judiciaire.
Saisine
Avant la promulgation, le président du Sénat saisit le Conseil constitutionnel le 1er juillet 1971, sur le fondement de l’article 61 de la Constitution : c’est un contrôle a priori.
Objet du contrôle
Il n’y a pas de parties : le Conseil doit dire si ce contrôle préalable porte atteinte à la liberté d’association garantie par la Constitution.
Problème de droit
La liberté d’association a-t-elle valeur constitutionnelle, et s’oppose-t-elle à ce que l’acquisition de la capacité juridique d’une association déclarée soit soumise au contrôle préalable de l’autorité judiciaire ?
Solution
Non-conformité partielle. La liberté d’association est un principe fondamental reconnu par les lois de la République, solennellement réaffirmé par le Préambule de la Constitution : les associations se constituent librement, sous la seule réserve d’une déclaration préalable. L’article 3 de la loi, ainsi que la disposition de l’article 1er qui y faisait référence, sont contraires à la Constitution ; le reste de la loi est conforme.
Portée
La décision consacre la valeur constitutionnelle de la liberté d’association et élargit les normes de référence du Conseil au-delà des articles de la Constitution, par le renvoi de son Préambule.
Pourquoi cette fiche fonctionne
- Les rubriques s’adaptent : contexte, saisine et objet du contrôle remplacent faits, procédure et prétentions.
- La solution nomme la norme de référence, un principe fondamental reconnu par les lois de la République : c’est elle qui fait la portée.
- Le sens de la décision est exact : une non-conformité partielle, pas une censure de toute la loi.
La fiche complète de la décision Liberté d’associationDécision officielle(ouvre un nouvel onglet)
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une bonne fiche d’arrêt ?
Une fiche courte et exacte : les seuls faits utiles, la procédure jusqu’au pourvoi, les thèses en présence, un problème de droit abstrait et la solution telle que la juridiction l’énonce, sans commentaire.
Faut-il mettre la portée dans une fiche d’arrêt ?
Si ta consigne la demande : en une ou deux phrases, ce que la décision apporte au droit positif, sans la discuter. La discussion appartient au commentaire.
Comment faire la fiche d’une décision du Conseil constitutionnel ?
Il n’y a ni parties ni procès : décris le contexte (la loi en cause), la saisine (qui saisit, sur quel fondement) et l’objet du contrôle, puis le problème de droit et la solution, avec son sens exact (conformité, non-conformité partielle ou totale).
À toi
Ta fiche, relue rubrique par rubrique
Colle l’arrêt et ta fiche : le correcteur vérifie les faits utiles, la procédure, le problème de droit et la solution, sans inventer ce que la décision ne dit pas.
Gratuit · sans carte bancaire
